Livre : Agir maintenant pour le Québec de demain, dirigé par Luc Godbout

Publié en 2006, ce livre a comme objectif d’approfondir le débat suscité par la publication du Manifeste pour un Québec lucide et du Manifeste pour un Québec solidaire. L’ouvrage rassemble une douzaine de textes dont les auteurs sont souvent des professeurs ou des économistes, et dont certains sont des signataires de l’un ou l’autre des manifestes. Un effort sincère a été fait pour représenter les points de vue des «lucides» comme ceux des «solidaires». Certains textes sont faciles d’accès, d’autres sont plus techniques.

Les textes que j’ai le plus aimés sont ceux de Joseph Facal, Luc Godbout et de Mario Albert. Facal, avec sa verve habituelle, écrit entre autres :

On entend aussi souvent dire que la moitié des entreprises au Québec ne paient pas d’impôts sur leurs profits. Évidemment, puisque la moitié des entreprises ne font pas de profits !
p. 13

Tout compte fait, on ne réinventera pas les lois fondamentales de l’économie : la croissance économique est la première condition, mais non la seule, de la vraie solidarité sociale, pas de cette solidarité incantatoire et déconnectée que seuls peuvent se permettre ceux et celles qui ne seront jamais au pouvoir, qui n’auront jamais la responsabilité de concrétiser les rêves qu’ils auront fait miroiter et, qui, très souvent, dissimulent mal leur hostilité larvée à l’endroit de ceux qui se livrent à des choses aussi triviales et vulgaires que créer des emplois et de la richesse.
p. 13

Au Québec, nous aimons un peu trop à mon goût nous gargariser de mots qui sonnent noblement et qualifier de «solidarité» des initiatives financées à crédit qui reviennent à refiler à la génération suivante les sacrifices que nous n’osons faire maintenant.
p. 14

Quant à nous, citoyens, nous avons un examen de conscience à faire. À mon sens, quatre réflexes collectifs ne peuvent plus durer.

  • En premier lieu, l’immense majorité de nos concitoyens n’a aucune idée du coût réel des services publics qu’elle consomme tout en les prenant pour un droit acquis. Il en résulte une insouciance collective qui est terriblement néfaste. Il faut inlassablement travailler à rappeler que les services publics ne sont pas gratuits.
  • La deuxième attitude qui ne peut plus durer, c’est que les Québécois ne pourront plus continuer à vouloir en même temps des investissements plus élevés dans les services publics et des baisses d’impôt […]
  • La troisième attitude parfaitement contradictoire est de déplorer d’être collectivement moins riches que d’autres, tout en voulant s’épargner de faire ce que les autres font pour être collectivement plus riches que nous […]
  • Enfin, les Québécois ne voient pas suffisamment que la prospérité économique est la seule manière de financer durablement et adéquatement les services publics et de faire vraiment progresser la justice sociale.
    p. 15

Au Québec nous avons la solidarité sélective. Il n’y a aucune mobilisation populaire massive en faveur des plus authentiquement mal pris d’entre nous : les assistés sociaux, les sans-abri, les toxicomanes, les autochtones. Mais on monte aux barricades pour défendre le gel des frais de scolarité, le gel des tarifs de garderie, le gel des primes d’assurance automobile, le gel des tarifs d’hydro-électricité. Solidarité, cous dîtes ?
p. 17

Le texte le plus faible est sans doute celui de Pierre Paquette, qui après avoir passé des pages à tenter de démontrer que les «lucides» et tous les autres auteurs des textes du livre qui s’entendent sur l’impact important qu’aura sur nos finances publiques la dénatalité et l’augmentation de la population de 65 ans et plus d’ici 2031, accusent ces gens de faire de la «démographie de l’apocalypse». Mais M. Paquette a la solution. Il conclut que tout peut se régler : «il suffit d’envisager l’avenir autrement, dans un Québec souverain», et que si le modèle québécois a ses limites, «ces limites, ce sont aussi et surtout les limites imposées au Québec par le cadre fédéral canadien». Les choses sont tellement plus simples quand notre pensée magique nous permet, comme en astrologie ou avec le nouvel âge, de ne pas s’emcombrer de contraintes aussi viles que la réalité.

L’ouvrage dirigé par Godbout est une bonne source de pistes de solutions pour plusieurs des défis qui se pointent devant les Québécois.

Québec, Français
Luc Faubert at 4:04 pm on Jeudi, avril 12, 2007 —

Livre : Aux pays des merveilles, André Pratte

L’essai d’André Pratte, éditorialiste en chef à La Presse, est un plaidoyer pour que les Québécois renouent avec la réalité politique du Québec, à savoir qu’il fait partie d’une entité fédérale qui s’appelle le Canada, que ses intérêts y sont très bien servis et qu’il est rigoureusement inexact d’affirmer que tout irait pour le mieux dans un Québec souverain.

Pratte expose au grand jour la dynamique malsaine dûe à l’amnésie sélective et au misérabilisme des leaders québécois qui les désavantagent tant dans leur relation avec Ottawa :

Les Québécois, fédéralistes comme souverainistes, ne se questionnent guère sur le bien-fondé et sur le sens de leurs exigences relatives au fédéralisme canadien. Ils sont tellement habitués à être demandeurs qu’ils ont l’impression de n’avoir rien obtenu au fil des décennies. Et pourtant le bilan à cet égard est fort positif. Si le Québec revendique toujours quelque chose du Canada, ce n’est pas qu’il n’a jamais gain de cause; c’est plutôt que, dès qu’une victoire est enregistrée, nos représentants passent à une nouvelle exigence. Dans le grand livre des gains et pertes que tiennent les leaders politiques québécois, les requêtes satisfaites ne sont jamais consignées dans la colonne des actifs; elles sont tout simplement effacées. Ne restent donc que les échecs, soigneusement compilés, soulignés en rouge, et les demandes restées en plan.
p. 15

L’auteur démolit les mythes que les péquistes ont entretenus au sujet du paradis que ce serait un Québec souverain. Il démontre comment leur discours s’est adapté au fur et à mesure que le gouvernement fédéral acceptait les compromis demandés par le Québec.

Pratte rappelle que des leaders québécois comme Louis-Hippolyte Lafontaine et Georges-Étienne Cartier, des gens accusés d’avoir couché avec l’ennemi par les souverainistes, ont pourtant accompli infiniment plus pour l’avancement du Québec que les prima donna qui disaient représenter le mieux les intérêts des Québécois et ont pourtant claqué la porte quand il s’agissait justement de négocier pour faire avancer notre cause : les Papineau, Henri Bourassa, Lévesque et Bouchard. Aujourd’hui, lesquels de ces leaders avons-nous retenu comme héros ? Ceux qui ont claqué la porte. Cette triste constatation mériterait à elle seule une étude appronfondie.

Pratte rappelle aussi comment, lors de la « nuits des longs couteaux », c’est l’équipe de Lévesque qui s’est retirée des négociations la dernière nuit, quittant Ottawa et s’en allant plutôt fêter (quoi au juste?), de l’autre côté de la rivière à l’Auberge de la Chaudière, pendant que les délégations des autres provinces ont continué à travailler. Cela survenait après qu’en 1964 Jean Lesage ait été incapable de faire approuver au Québec la formule Fulton-Favreau et qu’en 1971 Robert Bourassa connaisse le même insuccès vis-à-vis de la charte de Victoria, malgré le fait qu’à chaque fois notre leader québécois ait donné son accord de principe aux autres premiers ministres. Depuis, Bouchard a balayé du revers de la main la déclaration de Calgary en 1997, qui tentait de relancer les discussions après l’échec de Meech.

La vérité que présente Pratte, et qui correspond à ma perception des choses, est que le Québec y trouve résolument son compte dans le Canada. Que ce soit par les versements de la péréquation ou la contribution importante du fédéral dans des dossiers comme le régime de retraite, l’immigration, la formation de la main-d’oeuvre, les congés parentaux, les services de garde, les infrastructures, l’éducation, le Québec tire du fédéralisme canadien des avantages réels.

Pratte enjoint les fédéralistes québécois à s’exprimer haut et fort pour contrer la propagande souverainiste qui performe admirablement bien au Québec. Ça n’est pas un travail facile. Les souverainistes peuvent compter sur des gens convaincus et un projet qui, à défaut d’être réaliste, est séduisant. Comme le dit Tocqueville :

Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie mais complexe.

Pratte condamne aussi les illusionnistes fédéraux qui peignent le Canada comme un pays idyllique, « le plus meilleur pays du monde », ces mythes causant autant de tort que ceux des souverainistes.

La stratégie que propose Pratte, un homme qui a voté OUI aux deux référendums et qui demeure résolument en faveur d’un Québec fort, rejoint totalement la mienne :

Les Québécois doivent continuer à pousser dans cette direction — pousser de l’intérieur — plutôt que de braquer à nouveau le reste du pays par une menace de sécession.

Lectures / Readings, Québec, Français
Luc Faubert at 10:58 am on Samedi, avril 7, 2007 —

Livre : Bien commun recherché, Françoise David

De manière générale, j’aime mieux parler des livres que j’ai aimés que des autres. Mais il y a parfois de mauvais livres dont je juge important de parler pour calmer ma conscience et ne pas laisser les gens dire impunément n’importe quoi. Il en est ainsi de ce livre de Françoise David.

Ce qui me frappe d’abord, à la lecture du livre, est l’enfantine rengaine qui sous-tend tout son discours à l’effet que la richesse, celle des entreprises comme celle des individus, est suspecte, illégitime et contre nature. Seule la richesse des gouvernements semble acceptable, et il en faudra beaucoup pour payer pour tout ce que Madame David veut. Or la logique de Madame David néglige de considérer que la richesse des gouvernenements vient de celle des individus et des entreprises, comme elle néglige de considérer qu’avant de dépenser de l’argent sur toutes sortes de programmes, aussi bien intentionnés qu’ils soient, il faut le gagner. C’est cette naïveté dans ce genre de discours que je trouve désolante, et la raison pour laquelle nous serons toujours mieux sans des gens comme ceux-là au pouvoir. Le peu de popularité que connaît son parti, Québec solidaire, prouve d’ailleurs l’intelligence des Québécois et démontre que ce genre de discours ne dupe pas grand-monde au Québec.

Madame David dit qu’elle veut une société « juste, égalitaire, solidaire » et croit que « l’économie est au service de notre vision du mond ». Inconscience ? Aveuglement ? Je ne sais pas. Mais je sais que quiconque croit que l’économie est au service de notre vision du monde accepte un dangereux raccourci et fait preuve d’une périlleuse incompréhension de la réalité. Les gouvernements ne font pas ce qu’ils veulent en matière économique. Parlez-en à Lucien Bouchard qui à l’époque avait dû se rendre d’urgence à New York plaider la cause du Québec pour éviter une baisse de sa cote de crédit. L’état moderne a certainement une marge de manoeuvre dans les décisions économiques qu’il prend, mais il doit aussi tenir compte du paysage économique dans lequel il évolue quand il prend des décisions. Bien sûr que le gouvernement québécois pourrait substantiellement augmenter ses taxes (le seul moyen de payer pour les rêves de Madame David), mais les entreprises et les citoyens risquent de voter avec leurs pieds, et quand ils le font, ce ne sont pas les plus pauvres qui quittent.

Les rêves irresponsables de Madame David risquent ainsi d’appauvrir les Québécois, et en cela ils sont dangereux. Elle dit vouloir insuffler au monde politique québécois une vision à long terme du Québec; peut-être, mais que vaut une vision à long terme quand elle mène à l’appauvrissement économique ?

Mais il n’y a pas que sur l’économie que Madame David se conte des histoires. Une des valeurs fondamentales qu’elle promeut est « l’égalité des droits et des chances ». Qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Que les habitants des régions rurales et des régions urbaines doivent avoir à leur disposition le même nombre de cafés Second Cup, d’écoles, de restaurants, de centres d’aide, que les salaires des cadres soient limités pour ne pas trop dépasser ceux du personnel de soutien, qu’il faut empêcher les riches d’acheter des diamants et les obliger à donner leur argent aux plus démunis ? C’est de la fabulation dangereuse, dictatoriale. On a vu où ces idées ont mené le communisme et je ne vois pas trop de nations prêtes à se convertir à ce système politique. Les humains ne sont pas égaux en tous points. La Charte des droits des Nations Unies nous confère certes tous des droits communs, mais on ne peut pas inférer de là que nous sommes tous égaux et que nous avons les mêmes chances. Je préfère un monde qui permet à Bill Gates, à travers sa fondation, de dépenser plus pour combattre certaines maladies que tous les gouvernements de la planète réunis.

J’en ai aussi contre la manière dont Madame David utilise le mot « solidarité ». Le Robert contient plusieurs définitions du mot :

solidaire adj.

• 1462, repris 1611; du lat. jurid. in solidum (vx) « pour le tout »

1¨ Dr. Commun à plusieurs personnes, de manière que chacun réponde de tout. Obligation ou engagement solidaire. Responsabilité solidaire.
Par ext. (Personnes) Lié par un acte solidaire. Débiteurs solidaires.

2¨ Cour. Se dit de personnes qui répondent en commun l’une pour l’autre d’une même chose (Þ responsable); qui se sentent liées par une responsabilité et des intérêts communs. Être, rester solidaire de qqn, avec qqn. Se sentir solidaire de qqn. « En toute coopération, on est en quelque sorte dépendant de ses collaborateurs et solidaires avec eux » (Sainte-Beuve). « solidaire de tous et rejeté par chacun, […] je suis comme tout le monde » (Sartre).

3¨ Se dit de choses qui dépendent l’une de l’autre, vont, fonctionnent ensemble dans une action, un processus. Problèmes solidaires. « les manifestations de la vie mentale sont solidaires de l’état de l’encéphale » (Carrel).

4¨ (1861) Concret Se dit de pièces liées dans un même mouvement par contact direct, par engrenage ou par intermédiaire (entraînement, transmission). Bielle solidaire d’un vilebrequin. Pignons solidaires.

CONTR. Indépendant.

Dans toutes les définitions je retrouve le concept de réciprocité. La solidarité est partagée par tous les acteurs. Or celle de Madame David semble aller seulement d’une certaine saveur de gens vers les autres. Les riches doivent payer plus mais ceux qui travaillent au noir ne sont pas tenus de payer des impôts. Les entreprises publiques devraient être obligées d’accepter la syndicalisation de leur main-d’oeuvre mais elles doivent fournir plus d’argent au gouvernement pour payer pour les programmes de Madame David. Les employeurs devraient proposer des emplois « convenables » aux participants dans les programmes de réinsertion sociale mais rien sur ce que les participants pourraient faire aussi.

Il y a certes de belles choses dans le livre de Madame David, l’importance par exemple qu’elle accorde à l’action communautaire, mais tout cela est engoncé dans un ensemble indigeste dont l’infaisabilité le discrédite.

Lectures / Readings, Québec, Français
Luc Faubert at 11:49 am on Jeudi, mars 8, 2007 —

Livre : Le gai désespoir, André Comte-Sponville

Lire un livre, c’est un peu comme sortir dehors pour quelque temps, et puis rentrer chez soi. Dans notre maison, l’environnement nous est bien connu et les surprises peu fréquentes. Mais lorsque l’on met les pieds dehors, tout peut arriver. On ne sait jamais ce que l’on y trouvera ni comment ce que nous y trouverons nous transformera. Parfois il neige, parfois il pleut, parfois encore il vente ou il fait soleil. Tout cela nous change. Parfois, des choses vues dans le paysage nous transforment, et d’autres paysages nous laissent indifférents.

Il en est des livres comme d’un passage dehors, dans le paysage. Certains nous ragaillardissent, nous rendent de meilleurs humains. Il en est ainsi, pour moi en tout cas, de ce livre de Comte-Sponville. J’avais connu Comte-Sponville dans La plus belle histoire du bonheur, un livre que mon ami Marc Chabot m’avait recommandé, où Comte-Sponville est une de trois personnes à exprimer sa vision du bonheur. Les propos de Comte-Sponville sur le bonheur m’avait impressioné et cela m’avait donné le goût de lire autre chose de lui.

Le gai désespoir est un petit livre, une plaquette que l’on lit rapidement, mais qui frappe. Les Québécois disent que ça « fesse dans le dash ». Les propos de Comte-Sponville sont retranscrits de l’émission Noms de dieux d’Edmond Blattchen diffusée en 1993 sur la Radio télévision belge.

Le propos du livre est l’athéisme de Comte-Sponville, un athéisme qui a selon moi la grande qualité d’être très humain. Compte-Sponville, comme Spinoza, définit son athéisme comme « fidèle à l’esprit du Christ ».

J’aime l’implacable lucidité avec laquelle Comte-Sponville considère la vie sans Dieu :

Qu’est-ce que c’est qu’être athée ? C’est aimer la vérité en pensant que la vérité ne nous aime pas, et que n’avons pas à attendre qu’elle nous aime pour l’aimer ! On peut aussi renoncer à aimer la vérité, mais alors on n’est plus un intellectuel digne de ce nom; on n’est qu’un sophiste. On n’est même plus un homme digne de ce nom; on n’est qu’une brute ou un menteur.
p. 68

Et plus loin, sur le pari de la non-existence de Dieu :

C’est un pari, mais où l’on pense que l’on va perdre. C’est la formule de Sartre : « L’histoire de toute vie est l’histoire d’un échec. » Croire en Dieu, c’est croire que tout ira mieux, demain ou après-demain ; que, au fond, nous vivons dans le meilleur des mondes possibles et, surtout, qu’après la mort l’essentiel nous sera acquis.

Être athée, c’est le contraire. C’est penser que tout n’ira pas mieux demain, que rien ne nous est jamais acquis ni promis, enfin que toutes nos espérances ne débouchent au bout du compte que sur le néant. Ce n’est pas le plus facile ; mais, encore une fois, l’espérance, le confort ou la facilité ne sont pas des arguments. C’est ce que Clément Rosset appelle « la logique du pire » : prenons les choses au pire, mais aussi au plus probable, puisque, de ce Dieu prétendu, on ne connaît rien, de cette vie après la mort, on ne connaît rien ; ce que nous constatons, c’est la vie telle qu’elle est, et la mort telle qu’elle advient.

Et, face à ce pire, essayons de vivre le meilleur dont nous sommes capables. Essayons d’atteindre le bonheur le plus grand possible, essayons d’aimer autant que nous le pouvons, essayons d’agir autant que nous le pouvons !
p. 77

En somme :

On ne peut pas aimer ce qui est, tant qu’on interpose entre le réel et soi l’écran de nos rêves, l’écran de nos espérances. […] il s’agit d’espérer un peu moins, et d’aimer un peu plus.
p. 56

Il faut lire Le gai désespoir.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 10:49 am on Vendredi, mars 2, 2007 —

Livre : Ravir : les lieux, Hélène Dorion

C’est le dernier recueil de poésie de la poétesse québécoise Hélène Dorion. J’y ai préféré plusieurs de ses recueils précédents et conseillerais conséquemment aux lecteurs intéressés à mieux connaître l’oeuvre de Dorion Mondes fragiles choses frêles, la rétrospective 1983-2000 de son oeuvre parue récemment à l’Hexagone. On y trouve entre autres son incontournable Un visage appuyé contre le monde dont voici un échantillon :

Si le vent retient en lui la sensation du corps
si l’on meurt de ne jamais faire un avec le visible
s’il y a quelqu’un au bord des jours fragiles
qui trace quelque limite au chaos, à l’usure du monde
à l’ombre qui nous survit;

je ne sais pas encore

voyager dans l’étrangeté
d’un paysage, d’une rue, d’un continent
ou celle d’un visage dessiné par l’amour
et sa disparition.
p. 265

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 11:53 am on Mardi, février 27, 2007 —

Livre : Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Normand Baillargeon

Baillargeon présente dans ce livre un tour d’horizon des outils linguistiques et mathématiques de la pensée critique, en s’attardant, souvent avec humour, aux perversions utilisées dans l’art de la fourberie mentale. Suit une discussion honnête sur la science et ses limites, notamment celles de l’épistémologie, et une présentation des médias et des raisons pour lesquelles ils informent de moins en moins.

Un livre essentiel pour tous les jeunes, et qui serait bien utile à beaucoup d’adultes.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 5:45 pm on Dimanche, février 18, 2007 —

Livre : Dernier royaume, Pascal Quignard

Dernier Royaume est le titre de l’oeuvre magistrale entreprise par Pascal Quignard en 2002. Quignard a dit, au sujet de cette oeuvre, qu’il mourra en l’écrivant. Cinq tomes sont parus à ce jour : Les ombres errantes, Sur le jadis, Abîmes, Les Paradisiaques et Sordidissimes.

Dernier Royaume est un texte inclassable; je ne le classerai donc pas. Chaque tome est composé de chapitres qui font tantôt quelques lignes, tantôt quelques pages. C’est un texte dense dans lequel on entre, ou bien sans plus avoir le goût de le finir, ou bien avec un empressement d’en ressortir tout de suite. Moi, j’y suis bien. On doit déposer le livre souvent, penser à ce que l’on vient de lire et le laisser nous habiter tranquillement. Le texte de Quignard est frappant car il ne parle pas le language de tous les jours. Il parle le language du temps, qui est le sujet principal de l’oeuvre. Le temps et le language habitent tous les chapitres.

Les poissons sont de l’eau à l’état solide.
Les oiseaux sont du vent à l’état solide.
Les livres sont du silence à l’état solide.
Sur le jadis, p.40

Une réflexion fondamentale autour de laquelle Quignard fait beaucoup de chemin et qu’il examine dans tous les sens : « Seul le passé dure ». Quignard illustre combien le passé est vivant et se transforme en habitant les vivants.

Dernier Royaume est rempli de la culture ahurrissante de Quignard. Il repêche des histoires, des mots qui viennent des Grecs, des latins, des cultures orientales. L’oeuvre est une exploration incessante de tous les concepts qui permettent à Quignard de parler du temps et du language. Ici et là, de petites séquences contemporaines : une rencontre avec une femme, la description de l’odeur d’un linge encore humide qui vient d’être repassé, des expériences que Quignard a tenu à consigner dans ce grand voyage.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 5:08 pm on Lundi, février 12, 2007 —

Livre : La haine de la démocratie, Jacques Rancière

Ce livre terminé, je me suis dit que je n’avais rien compris de ce que l’auteur avait tenté de me dire. La centaine de pages que fait l’ouvrage m’a permis de remarquer que l’auteur utilisait la langue de bois des philosophes, que sa vision semblait compromise par trop de temps passé avec les marxistes et que les règles les plus élémentaires de la pédagogie lui sont inconnues. Espérons qu’il n’enseigne pas aux jeunes.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 2:00 pm on Dimanche, février 11, 2007 —

Livre : Journal, Marie Uguay

Ce journal rassemble les pages écrites par la poétesse québécoise pendant les dernières années de sa vie, conservées par son dernier compagnon et publiées seulement en 2005, presque 25 ans après sa mort.

On y découvre une femme habitée par la maladie qui la ronge tranquillement, l’amour des hommes, de la vie et des mots.

Demain tout est possible, aussi demain tout poème est possible. À chaque poème je remets ma vie au monde.
p. 67

Aimer profondément est un acte antisocial.
p. 180

Y a-t-il un destin ? Je souhaite de tout coeur que non et qu’il nous reste un peu de liberté pour conduire nos lendemains.
p. 223

Il est facile d’être englouti par l’attitude morale de la société, d’assimiler ses valeurs. Je suis continuellement portée à me mentir, à me cacher, à m’endormir, à être assimilée. Il faut garder une constante attitude critique envers soi pour conserver, préserver, et faire jaillir son « originalité » (dans le sens d’origine). Il faut être incapable de s’habituer à quoi que ce soit, s’habituer c’est s’endormir. L’habitude endort nos sens et notre disposition à l’étonnement et à la révolte, l’habitude est une acceptation passive du réel. L’artiste doit investir le réel de sa vlonté, pariant pour l’impossible. Cette ténébreuse force, seule, peut contraindre la réalité à devenir inspiratrice, génératrice de mots, de formes, de couleurs, de sons.
p. 155

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 3:51 pm on Samedi, février 10, 2007 —

Livre : Être de droite, un tabou français, Éric Brunet

Ce livre tient du pamphlet plus que de l’essai, mais je trouve souvent utile les points de vue bien campés s’inscrivant à contre-courant des idées reçues. Un projet noble : « Ce livre rend la parole à ceux qui ne l’ont plus : des citoyens mis à l’écart parce qu’ils ne sont pas degauche, ou parce qu’ils ne font pas semblant de l’être », mais une exécution parfois simpliste. Brunet, par exemple, fait valoir l’indéniable vérité historique à l’effet que le communisme, sous Staline, ait tué beaucoup plus d’humains que le nazisme, pour discréditer les visées bien-pensantes des gens de gauche.

Plus intéressante, selon moi, est l’illustration bien documentée de la mainmise de la gauche et de ses clichés dans les domaines syndicaux, de l’enseignement, des arts et de la fonction publique. On se croirait au Québec. Brunet montre combien il est difficile, voire impossible, de survivre dans ces environnements en étant ouvertement de droite.

Brunet documente aussi les raccourcis intellectuels mis de l’avant par la gauche pour démoniser la droite, la recommandation du stalinien Dimitri Manouilski par exemple : « Accusez vos adversaires de fascisme… Le temps qu’ils se justifient, vous aurez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques. »

Comme Guillebaud mais pour des raisons différentes, il note la dérive des institutions enseignantes :

Car l’université qui semble avoir abandonné l’idée d’être un lieu de transmission des connaissances, est désormais une photographie de la société civile. La nouvelle morale droit-de-l’hommiste enseignée à ces élèves « citoyens du monde » consacre la seule valeur digne d’être transmise sur les campus : la solidarité. Valeur tendance ancrée dans son époque… Comme si cela ne suffisait pas, l’université cède à tous les effets de mode et calque ses actions et ses combats sur ceux des médias. Virgine Despentes, Greenpeace et les habitants de Gaza sont des préoccupations qui passent avant la physique quantique, le Parnasse et Durkheim.
p. 187.

Brunet a le mérite de rappeler qu’être de droite n’est pas une maladie.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 3:39 pm on Samedi, février 10, 2007 —
Page suivante »