Livre : Agir maintenant pour le Québec de demain, dirigé par Luc Godbout

Publié en 2006, ce livre a comme objectif d’approfondir le débat suscité par la publication du Manifeste pour un Québec lucide et du Manifeste pour un Québec solidaire. L’ouvrage rassemble une douzaine de textes dont les auteurs sont souvent des professeurs ou des économistes, et dont certains sont des signataires de l’un ou l’autre des manifestes. Un effort sincère a été fait pour représenter les points de vue des «lucides» comme ceux des «solidaires». Certains textes sont faciles d’accès, d’autres sont plus techniques.

Les textes que j’ai le plus aimés sont ceux de Joseph Facal, Luc Godbout et de Mario Albert. Facal, avec sa verve habituelle, écrit entre autres :

On entend aussi souvent dire que la moitié des entreprises au Québec ne paient pas d’impôts sur leurs profits. Évidemment, puisque la moitié des entreprises ne font pas de profits !
p. 13

Tout compte fait, on ne réinventera pas les lois fondamentales de l’économie : la croissance économique est la première condition, mais non la seule, de la vraie solidarité sociale, pas de cette solidarité incantatoire et déconnectée que seuls peuvent se permettre ceux et celles qui ne seront jamais au pouvoir, qui n’auront jamais la responsabilité de concrétiser les rêves qu’ils auront fait miroiter et, qui, très souvent, dissimulent mal leur hostilité larvée à l’endroit de ceux qui se livrent à des choses aussi triviales et vulgaires que créer des emplois et de la richesse.
p. 13

Au Québec, nous aimons un peu trop à mon goût nous gargariser de mots qui sonnent noblement et qualifier de «solidarité» des initiatives financées à crédit qui reviennent à refiler à la génération suivante les sacrifices que nous n’osons faire maintenant.
p. 14

Quant à nous, citoyens, nous avons un examen de conscience à faire. À mon sens, quatre réflexes collectifs ne peuvent plus durer.

  • En premier lieu, l’immense majorité de nos concitoyens n’a aucune idée du coût réel des services publics qu’elle consomme tout en les prenant pour un droit acquis. Il en résulte une insouciance collective qui est terriblement néfaste. Il faut inlassablement travailler à rappeler que les services publics ne sont pas gratuits.
  • La deuxième attitude qui ne peut plus durer, c’est que les Québécois ne pourront plus continuer à vouloir en même temps des investissements plus élevés dans les services publics et des baisses d’impôt […]
  • La troisième attitude parfaitement contradictoire est de déplorer d’être collectivement moins riches que d’autres, tout en voulant s’épargner de faire ce que les autres font pour être collectivement plus riches que nous […]
  • Enfin, les Québécois ne voient pas suffisamment que la prospérité économique est la seule manière de financer durablement et adéquatement les services publics et de faire vraiment progresser la justice sociale.
    p. 15

Au Québec nous avons la solidarité sélective. Il n’y a aucune mobilisation populaire massive en faveur des plus authentiquement mal pris d’entre nous : les assistés sociaux, les sans-abri, les toxicomanes, les autochtones. Mais on monte aux barricades pour défendre le gel des frais de scolarité, le gel des tarifs de garderie, le gel des primes d’assurance automobile, le gel des tarifs d’hydro-électricité. Solidarité, cous dîtes ?
p. 17

Le texte le plus faible est sans doute celui de Pierre Paquette, qui après avoir passé des pages à tenter de démontrer que les «lucides» et tous les autres auteurs des textes du livre qui s’entendent sur l’impact important qu’aura sur nos finances publiques la dénatalité et l’augmentation de la population de 65 ans et plus d’ici 2031, accusent ces gens de faire de la «démographie de l’apocalypse». Mais M. Paquette a la solution. Il conclut que tout peut se régler : «il suffit d’envisager l’avenir autrement, dans un Québec souverain», et que si le modèle québécois a ses limites, «ces limites, ce sont aussi et surtout les limites imposées au Québec par le cadre fédéral canadien». Les choses sont tellement plus simples quand notre pensée magique nous permet, comme en astrologie ou avec le nouvel âge, de ne pas s’emcombrer de contraintes aussi viles que la réalité.

L’ouvrage dirigé par Godbout est une bonne source de pistes de solutions pour plusieurs des défis qui se pointent devant les Québécois.

Québec, Français
Luc Faubert at 4:04 pm on Jeudi, avril 12, 2007 —

Livre : Aux pays des merveilles, André Pratte

L’essai d’André Pratte, éditorialiste en chef à La Presse, est un plaidoyer pour que les Québécois renouent avec la réalité politique du Québec, à savoir qu’il fait partie d’une entité fédérale qui s’appelle le Canada, que ses intérêts y sont très bien servis et qu’il est rigoureusement inexact d’affirmer que tout irait pour le mieux dans un Québec souverain.

Pratte expose au grand jour la dynamique malsaine dûe à l’amnésie sélective et au misérabilisme des leaders québécois qui les désavantagent tant dans leur relation avec Ottawa :

Les Québécois, fédéralistes comme souverainistes, ne se questionnent guère sur le bien-fondé et sur le sens de leurs exigences relatives au fédéralisme canadien. Ils sont tellement habitués à être demandeurs qu’ils ont l’impression de n’avoir rien obtenu au fil des décennies. Et pourtant le bilan à cet égard est fort positif. Si le Québec revendique toujours quelque chose du Canada, ce n’est pas qu’il n’a jamais gain de cause; c’est plutôt que, dès qu’une victoire est enregistrée, nos représentants passent à une nouvelle exigence. Dans le grand livre des gains et pertes que tiennent les leaders politiques québécois, les requêtes satisfaites ne sont jamais consignées dans la colonne des actifs; elles sont tout simplement effacées. Ne restent donc que les échecs, soigneusement compilés, soulignés en rouge, et les demandes restées en plan.
p. 15

L’auteur démolit les mythes que les péquistes ont entretenus au sujet du paradis que ce serait un Québec souverain. Il démontre comment leur discours s’est adapté au fur et à mesure que le gouvernement fédéral acceptait les compromis demandés par le Québec.

Pratte rappelle que des leaders québécois comme Louis-Hippolyte Lafontaine et Georges-Étienne Cartier, des gens accusés d’avoir couché avec l’ennemi par les souverainistes, ont pourtant accompli infiniment plus pour l’avancement du Québec que les prima donna qui disaient représenter le mieux les intérêts des Québécois et ont pourtant claqué la porte quand il s’agissait justement de négocier pour faire avancer notre cause : les Papineau, Henri Bourassa, Lévesque et Bouchard. Aujourd’hui, lesquels de ces leaders avons-nous retenu comme héros ? Ceux qui ont claqué la porte. Cette triste constatation mériterait à elle seule une étude appronfondie.

Pratte rappelle aussi comment, lors de la « nuits des longs couteaux », c’est l’équipe de Lévesque qui s’est retirée des négociations la dernière nuit, quittant Ottawa et s’en allant plutôt fêter (quoi au juste?), de l’autre côté de la rivière à l’Auberge de la Chaudière, pendant que les délégations des autres provinces ont continué à travailler. Cela survenait après qu’en 1964 Jean Lesage ait été incapable de faire approuver au Québec la formule Fulton-Favreau et qu’en 1971 Robert Bourassa connaisse le même insuccès vis-à-vis de la charte de Victoria, malgré le fait qu’à chaque fois notre leader québécois ait donné son accord de principe aux autres premiers ministres. Depuis, Bouchard a balayé du revers de la main la déclaration de Calgary en 1997, qui tentait de relancer les discussions après l’échec de Meech.

La vérité que présente Pratte, et qui correspond à ma perception des choses, est que le Québec y trouve résolument son compte dans le Canada. Que ce soit par les versements de la péréquation ou la contribution importante du fédéral dans des dossiers comme le régime de retraite, l’immigration, la formation de la main-d’oeuvre, les congés parentaux, les services de garde, les infrastructures, l’éducation, le Québec tire du fédéralisme canadien des avantages réels.

Pratte enjoint les fédéralistes québécois à s’exprimer haut et fort pour contrer la propagande souverainiste qui performe admirablement bien au Québec. Ça n’est pas un travail facile. Les souverainistes peuvent compter sur des gens convaincus et un projet qui, à défaut d’être réaliste, est séduisant. Comme le dit Tocqueville :

Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie mais complexe.

Pratte condamne aussi les illusionnistes fédéraux qui peignent le Canada comme un pays idyllique, « le plus meilleur pays du monde », ces mythes causant autant de tort que ceux des souverainistes.

La stratégie que propose Pratte, un homme qui a voté OUI aux deux référendums et qui demeure résolument en faveur d’un Québec fort, rejoint totalement la mienne :

Les Québécois doivent continuer à pousser dans cette direction — pousser de l’intérieur — plutôt que de braquer à nouveau le reste du pays par une menace de sécession.

Lectures / Readings, Québec, Français
Luc Faubert at 10:58 am on Samedi, avril 7, 2007 —

Livre : Bien commun recherché, Françoise David

De manière générale, j’aime mieux parler des livres que j’ai aimés que des autres. Mais il y a parfois de mauvais livres dont je juge important de parler pour calmer ma conscience et ne pas laisser les gens dire impunément n’importe quoi. Il en est ainsi de ce livre de Françoise David.

Ce qui me frappe d’abord, à la lecture du livre, est l’enfantine rengaine qui sous-tend tout son discours à l’effet que la richesse, celle des entreprises comme celle des individus, est suspecte, illégitime et contre nature. Seule la richesse des gouvernements semble acceptable, et il en faudra beaucoup pour payer pour tout ce que Madame David veut. Or la logique de Madame David néglige de considérer que la richesse des gouvernenements vient de celle des individus et des entreprises, comme elle néglige de considérer qu’avant de dépenser de l’argent sur toutes sortes de programmes, aussi bien intentionnés qu’ils soient, il faut le gagner. C’est cette naïveté dans ce genre de discours que je trouve désolante, et la raison pour laquelle nous serons toujours mieux sans des gens comme ceux-là au pouvoir. Le peu de popularité que connaît son parti, Québec solidaire, prouve d’ailleurs l’intelligence des Québécois et démontre que ce genre de discours ne dupe pas grand-monde au Québec.

Madame David dit qu’elle veut une société « juste, égalitaire, solidaire » et croit que « l’économie est au service de notre vision du mond ». Inconscience ? Aveuglement ? Je ne sais pas. Mais je sais que quiconque croit que l’économie est au service de notre vision du monde accepte un dangereux raccourci et fait preuve d’une périlleuse incompréhension de la réalité. Les gouvernements ne font pas ce qu’ils veulent en matière économique. Parlez-en à Lucien Bouchard qui à l’époque avait dû se rendre d’urgence à New York plaider la cause du Québec pour éviter une baisse de sa cote de crédit. L’état moderne a certainement une marge de manoeuvre dans les décisions économiques qu’il prend, mais il doit aussi tenir compte du paysage économique dans lequel il évolue quand il prend des décisions. Bien sûr que le gouvernement québécois pourrait substantiellement augmenter ses taxes (le seul moyen de payer pour les rêves de Madame David), mais les entreprises et les citoyens risquent de voter avec leurs pieds, et quand ils le font, ce ne sont pas les plus pauvres qui quittent.

Les rêves irresponsables de Madame David risquent ainsi d’appauvrir les Québécois, et en cela ils sont dangereux. Elle dit vouloir insuffler au monde politique québécois une vision à long terme du Québec; peut-être, mais que vaut une vision à long terme quand elle mène à l’appauvrissement économique ?

Mais il n’y a pas que sur l’économie que Madame David se conte des histoires. Une des valeurs fondamentales qu’elle promeut est « l’égalité des droits et des chances ». Qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Que les habitants des régions rurales et des régions urbaines doivent avoir à leur disposition le même nombre de cafés Second Cup, d’écoles, de restaurants, de centres d’aide, que les salaires des cadres soient limités pour ne pas trop dépasser ceux du personnel de soutien, qu’il faut empêcher les riches d’acheter des diamants et les obliger à donner leur argent aux plus démunis ? C’est de la fabulation dangereuse, dictatoriale. On a vu où ces idées ont mené le communisme et je ne vois pas trop de nations prêtes à se convertir à ce système politique. Les humains ne sont pas égaux en tous points. La Charte des droits des Nations Unies nous confère certes tous des droits communs, mais on ne peut pas inférer de là que nous sommes tous égaux et que nous avons les mêmes chances. Je préfère un monde qui permet à Bill Gates, à travers sa fondation, de dépenser plus pour combattre certaines maladies que tous les gouvernements de la planète réunis.

J’en ai aussi contre la manière dont Madame David utilise le mot « solidarité ». Le Robert contient plusieurs définitions du mot :

solidaire adj.

• 1462, repris 1611; du lat. jurid. in solidum (vx) « pour le tout »

1¨ Dr. Commun à plusieurs personnes, de manière que chacun réponde de tout. Obligation ou engagement solidaire. Responsabilité solidaire.
Par ext. (Personnes) Lié par un acte solidaire. Débiteurs solidaires.

2¨ Cour. Se dit de personnes qui répondent en commun l’une pour l’autre d’une même chose (Þ responsable); qui se sentent liées par une responsabilité et des intérêts communs. Être, rester solidaire de qqn, avec qqn. Se sentir solidaire de qqn. « En toute coopération, on est en quelque sorte dépendant de ses collaborateurs et solidaires avec eux » (Sainte-Beuve). « solidaire de tous et rejeté par chacun, […] je suis comme tout le monde » (Sartre).

3¨ Se dit de choses qui dépendent l’une de l’autre, vont, fonctionnent ensemble dans une action, un processus. Problèmes solidaires. « les manifestations de la vie mentale sont solidaires de l’état de l’encéphale » (Carrel).

4¨ (1861) Concret Se dit de pièces liées dans un même mouvement par contact direct, par engrenage ou par intermédiaire (entraînement, transmission). Bielle solidaire d’un vilebrequin. Pignons solidaires.

CONTR. Indépendant.

Dans toutes les définitions je retrouve le concept de réciprocité. La solidarité est partagée par tous les acteurs. Or celle de Madame David semble aller seulement d’une certaine saveur de gens vers les autres. Les riches doivent payer plus mais ceux qui travaillent au noir ne sont pas tenus de payer des impôts. Les entreprises publiques devraient être obligées d’accepter la syndicalisation de leur main-d’oeuvre mais elles doivent fournir plus d’argent au gouvernement pour payer pour les programmes de Madame David. Les employeurs devraient proposer des emplois « convenables » aux participants dans les programmes de réinsertion sociale mais rien sur ce que les participants pourraient faire aussi.

Il y a certes de belles choses dans le livre de Madame David, l’importance par exemple qu’elle accorde à l’action communautaire, mais tout cela est engoncé dans un ensemble indigeste dont l’infaisabilité le discrédite.

Lectures / Readings, Québec, Français
Luc Faubert at 11:49 am on Jeudi, mars 8, 2007 —

Livre : Éloge de la richesse, Alain Dubuc

Dubuc fait le constat qu’il y a une inadéquation entre les aspirations de la société québécoise à construire une société solidaire et sa capacité à générer la richesse nécessaire pour réaliser ces aspirations. Il propose aux Québécois de choisir à la fois la richesse et la solidarité.

Nous ne nous en sortirons pas si nous ne modifions pas nos attitudes et nos valeurs pour ramener dans nos préoccupations et notre vocabulaire des mots comme responsabilité, effort, dépassement, devoir, concurrence ou succès.

Un contenu intéressant, mais livré dans un texte qui n’a pas l’air d’avoir fait l’objet ni d’une révision linguistique, ni d’une correction d’épreuve.

Lectures / Readings, Québec, Français
Luc Faubert at 2:56 pm on Dimanche, février 4, 2007 —

Connecter tous les Québécois à Internet haute vitesse

Le Réseau Maillons travaille actuellement à un grand chantier qui permettra de fournir l’Internet haute vitesse à tous les foyers et entreprises des régions rurales du Québec qui n’y ont pas encore accès. À titre de président d’ISOC Québec, je participe à ce projet, Un Québec branché sur le monde, qui est intéressant pour plusieurs raisons :

  • il utilise une approche novatrice où les milieux communautaires, les gouvernements et le secteur privé collaborent pour accomplir ce que le secteur privé seul ne peut pas réaliser;
  • il adopte une approche holistique à l’utilisation d’Internet en fournissant, outre une connexion Internet, de l’équipement, de la formation et de l’accompagnement pour favoriser l’appropriation d’Internet;
  • il aura des retombées économiques et sociales positives sur toutes les régions rurales du Québec;
  • il est piloté par des associations à but non lucratif travaillant autour de l’Internet au Québec.
Gouvernance d'Internet / Internet governance, Québec, Français
Luc Faubert at 1:29 pm on Jeudi, janvier 18, 2007 —

Les deux solitudes québécoises

En 1945 Hugh McLennan, l’auteur canadien du roman Two solitudes, comptait deux solitudes au Canada. Le débat court quant à combien de solitudes le Canada compte aujourd’hui, mais je voudrais parler de deux solitudes québécoises : les souverainistes et les fédéralistes. Ces deux visions apparaissent irréconciliables et leur confrontation silencieuse est la source d’un important dysfonctionnement de la société québécoise.

Pour avancer, une société, tout comme un être humain, doit posséder aussi bien une définition d’elle-même, de son présent, qu’une image de ses rêves, des utopies qu’elle porte. Les utopies d’une société sont un paramètre incontournable de son identité et celles du Québec sont d’autant plus importantes aujourd’hui que le tissu social de notre société est difficile à définir, notamment à cause de l’effritement identitaire causé par l’égocentrisme individualisant des citoyens et par une proportion croissante de la population constituée d’immigrants mal ou pas intégrés à notre société.

Quand il s’agit de répondre à la question « Où doit aller le Québec ? », souverainistes et fédéralistes québécois sont radicalement opposés. Nous portons deux rêves, deux ensembles de valeurs, deux visions, deux agendas résoluments antagonistes. Cette disparité mine notre processus identitaire. « Le Québec », dans ce contexte, ne veut plus dire grand-chose.

Les Québécois ne savent pas où il veulent aller parce qu’ils sont divisés en deux factions qui envisagent des directions opposées. Bien que nos différends sur les questions des tarifs de l’électricité, de la gestion des garderies et du remboursement de la dette puissent trouver solutions dans le cadre du processus démocratique, celle du statut constitutionnel du Québec ne peut pas se résoudre dans ce contexte. Nous avons tenté deux fois de le faire sans y trouver réponse et rien ne permet de croire que des tentatives additionnelles auront plus de succès.

Nous sommes condamnés à nous entendre autrement si nous voulons parvenir un jour à une vision commune du Québec que nous souhaitons bâtir. Nous nous causons un tort qui relève du masochisme en permettant à cette déchirure improductive de perdurer.

Le projet souverainiste a eu 40 ans pour faire ses preuves et force est de constater, en 2006, qu’il ne ralliera jamais la population québécoise. Il est temps pour ses tenants de dire : « Voilà. Ça a été un beau rêve, nous nous y sommes investis et plusieurs y ont cru, mais nous n’avons pas réussi à le vendre à assez de Québécois. Rangeons notre projet. Résignons-nous au fédéralisme pour le bien du Québec. Le futur de la société québécoise compte plus que le projet souverainiste. »

Les souverainistes auront-ils cette magnanimité ?

Québec, Français
Luc Faubert at 3:47 pm on Dimanche, mars 12, 2006 —

Quel est le salaire juste pour se faire tuer ?

À la une du Journal de Montréal, récemment : « Morte pour 8,50 $/heure » (ou à peu près), au sujet d’une jeune fille assassinée pendant son quart de nuit comme caissière dans un dépanneur.

Ce titre me frappe parce qu’il est représentatif du genre de raccourci intellectuel que l’on retrouve si malheureusement souvent dans ce journal. Le titrage est un art, certes, qui oblige à la concision, mais d’autres journaux moins enclins à la facilité que le Journal de Montréal trouvent le moyen de le pratiquer plus noblement.

Ce titre connote l’idée qu’il est honteux que la jeune fille soit morte en travaillant pour un salaire horaire de 8,50 $ et m’amène à me demander quel est le salaire horaire au-dessus duquel il serait correct de se faire assassiner.

Quel est l’impact de soumettre quotidiennement un lectorat à des approximations du genre ? Ces raisonnements fallacieux abrutissent les gens en induisant une léthargie intellectuelle qui les éloignent de la pratique critique qui est la pierre d’assise de l’éducation continue à laquelle sont tenus les humains dignes de ce nom.

Québec, Français
Luc Faubert at 1:33 pm on Samedi, février 11, 2006 —

Bloqués par le Bloc

J’aime le Québec. J’y suis chez moi. Je parle français et souhaite que ceux qui viendront après moi le parlent aussi.

Il nous aura fallu moins de deux générations pour prendre en main la maîtrise de nos affaires économiques et culturelles, mais il faut bien reconnaître qu’après avoir dépensé pendant plus de trente ans une quantité effroyable d’argent et de temps, la sauce séparatiste n’a pas pris.

Les tenants du séparatisme québécois associent fallacieusement les concepts d’autonomie et de liberté de moyens à la séparation du Québec. Trop de Québécois font les frais de ce raccourci commode pour des politiciens trouvant plus intéressant de porter une utopie que de mettre la main à la pâte et de relever les défis autrement plus pressants de notre société. Les progrès économiques et sociaux réalisés au Québec depuis 40 ans démontrent que faire de l’indépendance territoriale de notre province la condition sine qua non de notre ascension à la maîtrise de notre destinée est un leurre improductif. Il faut s’affranchir du projet de séparation pour avancer.

René Lévesque n’avait pas bien entendu pour pouvoir dire, après le premier référendum : « Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de me dire : à la prochaine fois. » Il ne m’avait pas bien compris en tout cas. Moi je lui avais dit : « Non, je ne veux pas de la séparation, et je ne veux plus en entendre parler. Passons à autre chose. »

Mais vingt-cinq ans après le premier non, la plaie béante de l’indépendance québécoise mine nos efforts de développement et notre économie est toujours handicapée par un des pires réseaux routiers de l’Amérique du Nord. Pendant ce temps-là, nos voisins du Vermont ont peaufiné un réseau d’autoroutes impeccables qui sillonnent leurs forêts de bout en bout pour intégrer toutes les régions de l’État, aussi éloignées fussent-elles, à une activité économique florissante. Comment cela se fait-il ? Combien de fois faudra-t-il dire non pour que nous puissions nous consacrer à autre chose ? Trois fois, quatre fois, cinq fois ? Après combien de fois le non sera-t-il considéré comme un non plutôt qu’un « à la prochaine » ?

La somme d’énergies et de fonds gaspillés au Québec à porter ce futile projet de séparation prive le peuple québécois de ressources précieuses que nous pourrions utiliser pour construire, plutôt que pour détruire.

Après deux confirmations historiques, le pays des Québécois, aux dernières nouvelles, c’est le Canada, et je suis un citoyen fatigué de voir ses impôts gaspillés par des politiciens qui veulent détruire mon pays. Je ne crois pas à cette panacée que tentent de nous vendre les séparatistes. Je n’entends aucun argument qui me convainque que ce serait une bonne affaire pour le Québec. Les politiciens provinciaux ne m’ont jamais paru dotés d’une capacité innée de mieux gérer l’argent des contribuables que ceux du gouvernement fédéral, pas plus qu’ils ne sont davantage à l’abri qu’eux des malversations et de la corruption.

Il faut envoyer à Ottawa des représentants qui travailleront pour le Québec certes, mais dans un esprit de collaboration qui permettra de parvenir à des ententes beaucoup plus efficacement qu’avec cette attitude passéiste voulant que le Québec se fasse toujours avoir par les méchants fédéralistes. Il est temps que cesse l’effroyable gaspillage d’opportunités dont sont responsables les imposteurs bloquistes qui disent défendre les intérêts du Québec à Ottawa alors qu’ils lui nuisent. Depuis toutes ces années qu’ils sont à Ottawa, qu’est-ce que les bloquistes ont fait pour le Canada ? Rien. Qu’est-ce qu’ils ont fait pour le Québec ? Rien non plus, sinon isoler le Québec.

Il faut nommer au pouvoir fédéral un gouvernement majoritaire qui pourra sortir le pays de la sclérose politique induite par le Bloc. Seul un changement des intentions de vote des électeurs québécois peut donner au Canada ce gouvernement majoritaire. Les votes pour le Bloc ne nous mènent nulle part. Le Bloc nous bloque.

L’avancement du Québec passe par une plus grande participation de notre province aux affaires canadiennes — pas par cette malsaine confrontation avec le reste du Canada à laquelle les bloquistes sont idéologiquement confinés. Les bloquistes ne servent pas les Québécois; ils servent le projet séparatiste, qui ne sert pas les Québécois.

Il faut cultiver, orienter, développer notre incontournable interdépendance avec nos voisins du Canada, du continent, du monde. Les grands défis de notre société exigent que nous les abordions de plain pied, avec toutes les ressources dont nous disposons et sans distraction.

J’appelle les Québécois qui ont vraiment à cœur l’avenir du Québec à se rendre à l’évidence que notre progrès passe par la paix plutôt que par le conflit. Dans cette nouvelle perspective, se prendre en mains pour les Québécois, ça veut dire nous libérer du joug stérile du projet de séparation, éliminer du parlement fédéral les bloquistes qui bloquent le progrès du Québec et placer à Ottawa des élus qui feront avancer les affaires de notre province en travaillant avec, plutôt que contre le reste du Canada. Le Québec a trop longtemps été bloqué par le Bloc. Libérons-nous.

Québec, Français
Luc Faubert at 3:31 pm on Samedi, février 4, 2006 —