Livre : Ravir : les lieux, Hélène Dorion

C’est le dernier recueil de poésie de la poétesse québécoise Hélène Dorion. J’y ai préféré plusieurs de ses recueils précédents et conseillerais conséquemment aux lecteurs intéressés à mieux connaître l’oeuvre de Dorion Mondes fragiles choses frêles, la rétrospective 1983-2000 de son oeuvre parue récemment à l’Hexagone. On y trouve entre autres son incontournable Un visage appuyé contre le monde dont voici un échantillon :

Si le vent retient en lui la sensation du corps
si l’on meurt de ne jamais faire un avec le visible
s’il y a quelqu’un au bord des jours fragiles
qui trace quelque limite au chaos, à l’usure du monde
à l’ombre qui nous survit;

je ne sais pas encore

voyager dans l’étrangeté
d’un paysage, d’une rue, d’un continent
ou celle d’un visage dessiné par l’amour
et sa disparition.
p. 265

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 11:53 am on Mardi, février 27, 2007 —

NGOs and corporations mate

The February 2007 Harvard Business Review publishes an article by Jeb Brugmann and C.K. Prahalad arguing that:

[…] companies and NGOs are increasingly going into business together, pursuing scale and profits, social equity, and empowerment as part of an integrated value chain.

Gouvernance d'entreprise / Corporate Governance, Lectures / Readings, English
Luc Faubert at 3:43 pm on Lundi, février 26, 2007 —

Book: The World is Flat, Thomas Friedman

The following quote probably best illustrates Friedman’s point of view:

Communism was a great system for making people equally poor. In fact, there was no better system in the world for that than communism. Capitalism made people unequally rich […]
p. 49

Friedman paints a world where companies compete worldwide, with rapidly falling classical barriers to entry like geography or culture, and muses on how this is impacting life in well-established developed countries like the U.S. He tells his girls:

Girls, when I was growing up, my parents used to say to me, ‘Tom, finish your dinner people in China and India are starving.’ My advice to you is: Girls, finish your homework people in China and India are starving for your jobs.
p. 237

Although Friedman resolutely prefers the opportunity and creative freedom that comes with globalization, he also cautions against blind elimination of all impediments to the free flow of services and capital:

[…] the debate about capitalism has been, from the very beginning, about which frictions, barriers, and boundaries are mere source of waste and inefficiency, and which are sources of identity and belonging that we should try to protect.
p. 204

He goes on describing the need for corporations and states to define where each of them fit in this new world, states representing the biggest source of friction and corporations pressuring them to eliminate these sources of friction.

Friedman’s thesis that the world is flat, although catchy, reductive and not very new, leads him to interesting conclusions nonetheless:

The ideal country in a flat world is the one with no natural resources, because countries with no natural resources tend to dig inside themselves.
p. 262

and, quoting Irving Wladawsky-Berger, an IBM computer scientist:

We need to think more seriously than ever about how we encourage people to focus on productive outcomes that advance and unite civilization peaceful imaginations that seek to minimize alienation and celebrate interdependence rather than self-sufficiency, inclusion rather than exclusion, openness, opportunity, and hope rather than limits, suspicion, and grievance.
p. 443

Livre : Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Normand Baillargeon

Baillargeon présente dans ce livre un tour d’horizon des outils linguistiques et mathématiques de la pensée critique, en s’attardant, souvent avec humour, aux perversions utilisées dans l’art de la fourberie mentale. Suit une discussion honnête sur la science et ses limites, notamment celles de l’épistémologie, et une présentation des médias et des raisons pour lesquelles ils informent de moins en moins.

Un livre essentiel pour tous les jeunes, et qui serait bien utile à beaucoup d’adultes.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 5:45 pm on Dimanche, février 18, 2007 —

Livre : Dernier royaume, Pascal Quignard

Dernier Royaume est le titre de l’oeuvre magistrale entreprise par Pascal Quignard en 2002. Quignard a dit, au sujet de cette oeuvre, qu’il mourra en l’écrivant. Cinq tomes sont parus à ce jour : Les ombres errantes, Sur le jadis, Abîmes, Les Paradisiaques et Sordidissimes.

Dernier Royaume est un texte inclassable; je ne le classerai donc pas. Chaque tome est composé de chapitres qui font tantôt quelques lignes, tantôt quelques pages. C’est un texte dense dans lequel on entre, ou bien sans plus avoir le goût de le finir, ou bien avec un empressement d’en ressortir tout de suite. Moi, j’y suis bien. On doit déposer le livre souvent, penser à ce que l’on vient de lire et le laisser nous habiter tranquillement. Le texte de Quignard est frappant car il ne parle pas le language de tous les jours. Il parle le language du temps, qui est le sujet principal de l’oeuvre. Le temps et le language habitent tous les chapitres.

Les poissons sont de l’eau à l’état solide.
Les oiseaux sont du vent à l’état solide.
Les livres sont du silence à l’état solide.
Sur le jadis, p.40

Une réflexion fondamentale autour de laquelle Quignard fait beaucoup de chemin et qu’il examine dans tous les sens : « Seul le passé dure ». Quignard illustre combien le passé est vivant et se transforme en habitant les vivants.

Dernier Royaume est rempli de la culture ahurrissante de Quignard. Il repêche des histoires, des mots qui viennent des Grecs, des latins, des cultures orientales. L’oeuvre est une exploration incessante de tous les concepts qui permettent à Quignard de parler du temps et du language. Ici et là, de petites séquences contemporaines : une rencontre avec une femme, la description de l’odeur d’un linge encore humide qui vient d’être repassé, des expériences que Quignard a tenu à consigner dans ce grand voyage.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 5:08 pm on Lundi, février 12, 2007 —

Livre : La haine de la démocratie, Jacques Rancière

Ce livre terminé, je me suis dit que je n’avais rien compris de ce que l’auteur avait tenté de me dire. La centaine de pages que fait l’ouvrage m’a permis de remarquer que l’auteur utilisait la langue de bois des philosophes, que sa vision semblait compromise par trop de temps passé avec les marxistes et que les règles les plus élémentaires de la pédagogie lui sont inconnues. Espérons qu’il n’enseigne pas aux jeunes.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 2:00 pm on Dimanche, février 11, 2007 —

Book: Ruling the root, Milton Mueller

The “root” the title refers to is the root of the Internet, or its name space, i.e. the identifiers to the left of the implicit period that ends all domain names used on the Internet. lucfaubert.com for example should theoretically be written lucfaubert.com. but that last period is not necessary. You can actually use it, however, in most browsers and it will work.

Mueller’s book is a good introduction to the challenges faced with the Internet community in determining who owned the root, who should control it and how it should be managed. He recounts the circumvoluted series of events leading to the creation of ICANN to manage the root and shows how property rights and trademark owners have influenced the development of policy on management of the root.

Mueller also documents ICANN’s ineffectiveness at implementing proper user representation within the organization, at either the board or the constituency levels.

An interesting book for people curious about the history of the Internet.

Livre : Journal, Marie Uguay

Ce journal rassemble les pages écrites par la poétesse québécoise pendant les dernières années de sa vie, conservées par son dernier compagnon et publiées seulement en 2005, presque 25 ans après sa mort.

On y découvre une femme habitée par la maladie qui la ronge tranquillement, l’amour des hommes, de la vie et des mots.

Demain tout est possible, aussi demain tout poème est possible. À chaque poème je remets ma vie au monde.
p. 67

Aimer profondément est un acte antisocial.
p. 180

Y a-t-il un destin ? Je souhaite de tout coeur que non et qu’il nous reste un peu de liberté pour conduire nos lendemains.
p. 223

Il est facile d’être englouti par l’attitude morale de la société, d’assimiler ses valeurs. Je suis continuellement portée à me mentir, à me cacher, à m’endormir, à être assimilée. Il faut garder une constante attitude critique envers soi pour conserver, préserver, et faire jaillir son « originalité » (dans le sens d’origine). Il faut être incapable de s’habituer à quoi que ce soit, s’habituer c’est s’endormir. L’habitude endort nos sens et notre disposition à l’étonnement et à la révolte, l’habitude est une acceptation passive du réel. L’artiste doit investir le réel de sa vlonté, pariant pour l’impossible. Cette ténébreuse force, seule, peut contraindre la réalité à devenir inspiratrice, génératrice de mots, de formes, de couleurs, de sons.
p. 155

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 3:51 pm on Samedi, février 10, 2007 —

Livre : Être de droite, un tabou français, Éric Brunet

Ce livre tient du pamphlet plus que de l’essai, mais je trouve souvent utile les points de vue bien campés s’inscrivant à contre-courant des idées reçues. Un projet noble : « Ce livre rend la parole à ceux qui ne l’ont plus : des citoyens mis à l’écart parce qu’ils ne sont pas degauche, ou parce qu’ils ne font pas semblant de l’être », mais une exécution parfois simpliste. Brunet, par exemple, fait valoir l’indéniable vérité historique à l’effet que le communisme, sous Staline, ait tué beaucoup plus d’humains que le nazisme, pour discréditer les visées bien-pensantes des gens de gauche.

Plus intéressante, selon moi, est l’illustration bien documentée de la mainmise de la gauche et de ses clichés dans les domaines syndicaux, de l’enseignement, des arts et de la fonction publique. On se croirait au Québec. Brunet montre combien il est difficile, voire impossible, de survivre dans ces environnements en étant ouvertement de droite.

Brunet documente aussi les raccourcis intellectuels mis de l’avant par la gauche pour démoniser la droite, la recommandation du stalinien Dimitri Manouilski par exemple : « Accusez vos adversaires de fascisme… Le temps qu’ils se justifient, vous aurez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques. »

Comme Guillebaud mais pour des raisons différentes, il note la dérive des institutions enseignantes :

Car l’université qui semble avoir abandonné l’idée d’être un lieu de transmission des connaissances, est désormais une photographie de la société civile. La nouvelle morale droit-de-l’hommiste enseignée à ces élèves « citoyens du monde » consacre la seule valeur digne d’être transmise sur les campus : la solidarité. Valeur tendance ancrée dans son époque… Comme si cela ne suffisait pas, l’université cède à tous les effets de mode et calque ses actions et ses combats sur ceux des médias. Virgine Despentes, Greenpeace et les habitants de Gaza sont des préoccupations qui passent avant la physique quantique, le Parnasse et Durkheim.
p. 187.

Brunet a le mérite de rappeler qu’être de droite n’est pas une maladie.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 3:39 pm on Samedi, février 10, 2007 —

Livre : Après l’État-nation, Jürgen Habermas

Trois textes rassemblés composent ce livre, articulés autour de la question : « la démocratie propre à l’État social peut-elle être préservée et développée au-delà des frontières nationales ? »

Habermas trace d’abord le portrait de la perte d’autonomie des états dans un environnement de plus en plus lié avec l’activité économique et politique externe.

L’éviction de la politique par le marché se traduit donc pa rle fait que l’État national perd progrssivement sa capacité à recouvrer des impôts, à stimuler la croissance et à assurer par là les bases essentielles de sa légitimité; or cette perte n’est compensée par aucun équivalent fonctionnel.
pp. 74-75.

Dans un tel contexte, l’isolationisme et le protectionisme sont désastreux.

Une politique d’adaptation des conditions nationales à la compétition mondiale, politique anticipatrice, intelligente et procédant avec ménagement, est plus prometteuse. Relèvent de cette approche les mesures bien connues qui définissent une politique industrielle prévoyante : soutien apporté à la recherche et au développement, autrement dit aux innovations futures, accroissement de la qualification des ouvriers par une formation et un recyclage perfectionnés, intensification de la « flexibilité » du marché du travail aménagée de façon plus judicieuse.
p. 31.

Ces recommandations rejoignent celles d’Alain Dubuc dans son Éloge de la richesse et de Thomas Friedman dans son The World is Flat.

Cette perte de pouvoir et de contrôle des états les pousse à faire équipe pour accomplir avec d’autres états ce qu’ils ne peuvent plus réussir seul. Habermas se demande si cette dynamique conduira aussi les citoyens de ces états à collaborer de même :

[…] il s’agit de savoir s’il est possible de faire surgir la conscience qu’une solidarité cosmopolitique est absolument nécessaire dans les sociétés civiles et les espaces publics politiques qui commencent à s’unir à grande échelle. Car ce n’est que sous la pression d’un tel changement dans la conscience des citoyens, rendu effectif au niveau de la politique intérieure, qu’il sera possible de changer l’idée qu’on d’eux-mêmes les acteurs capables d’agir à l’échelle de la planète. Changement en vertu duquel ils devraient se considérer de plus en plus eux-mêmes comme les membres d’une communauté internationale, obligés, qu’ils le veuillent ou non, de coopérer, et par là de tenir compte de leurs intérêts respectifs. Il ne faut pas attendre que les élites gouvernantes opèrent un tel changement de perspective, qui consiste à passer des « relations internationales » à la mise en place d’une politique intérieure à l’échelle de la planète; il faut plutôt que les populations elles-mêmes, dans leru propre intérêt bien compris, encouragent ce changement.
p. 37.

Habermas pressent que seules des rassemblement transnationaux permettront aux citoyens de retrouver une partie du pouvoir qu’ils perdent quand leur État s’affaiblit, et que ces rassemblements (une Europe fédérée par exemple) doivent être opérés par les organisations citoyennes plus que par les gouvernements.

Gouvernance mondiale / World Governance, Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 2:26 pm on Samedi, février 10, 2007 —
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