MANAS is available on the Web!

I’ve just discovered that the “famous” MANAS journal published weekly by Henry Geiger between January 7, 1948 and December 28, 1888 is available online! My friend Gérald Lefebvre introduced the young and curious reader I was in 1987 to MANAS. MANAS issues came as a breath of fresh air whipping my brain every week for a little more than a year, until Geiger’s death put an end to its publication. Luckily, I had access to many years of past issues through my friend Gérald’s collection.

MANAS was a great journal, known to only a few. Its subscriber base was only 2000-3000 strong, but quite influential, with people like Caryl Chessman, Marc Chagall, Henry Miller, E. F. Schumacher, Carl Rogers, Abraham Maslow, Wendell Berry, John Holt and Theodore Roszak, who all also contributed a paper here and there.

The purpose of MANAS as stated in each issue was:

MANAS is a journal of independent inquiry, concerned with the study of the principles which move world society on its present course, and with searching for contrasting principles- that may be capable of supporting intelligent idealism under the conditions of the twentieth century. MANAS is concerned, therefore, with philosophy and with practical psychology, in as direct and simple a manner as the editors and contributors can write. The word “manas” comes from a common root suggesting “man” or “the thinker.” Editorial articles are unsigned, since MANAS wishes to present ideas and viewpoints, not personalities.

The people responsible for publishing MANAS on the Web are from the E. F. Schumacher Society and they have done a great job. The archives are searchable and a very thorough index is also available.

This archive is really worth spending some time on. Visit it and bask in Geiger’s ideas and pantheon with people like Plato, Gautama Buddha, Lao Tse, Gandhi, Tom Paine, Emerson, Pico della Mirandola, Simone Weil, Jose Ortega y Gassett, Abraham Maslow, Hannah Arendt, Thoreau, and a host of others.

An unforgettable journey, and one of what Wendy Grossman calls “pockets of insane brilliance”.

Lectures / Readings, English
Luc Faubert at 9:32 am on Samedi, mars 24, 2007 —

Why Internet Governance is important

Internet governance is interesting because its challenges require us to rethink some of the ways we manage globally. Just as the environmental can no longer be adequately managed by national states alone, the proper development of the Internet requires a type of coordination that spans national boundaries and includes other parties than governments.

It is quite accepted in the different fora where debates occur on Internet governance related issues that governments alone cannot and should not be the only decisional stakeholders. The private sector and civil society are now accepted as de facto players in the field. Our classical international governance models however, provide us with relatively little experience in solving global challenges of the nature that the Internet has brought about.

The nature of the Internet dictates that its governance touch on matters that are technical, legal, economic and socio-cultural. As a case in point, the mere introduction of internationalized top-level domain names (.tél for example) requires the involvement of the technical people within the IETF and ICANN, of the private sector to operate the new TLD, and could involve governments (for example if .tél, the abbreviation for the French word “téléphone” also meant “sex” in arabic) or copyright holders (if a Belgian company was called “.tél” for example). These matters are complex, and the general lack of recognized and accepted means of agreeing on these matters makes it worse.

Other even more complex challenges must be dealt with if internauts are to continue to be able to use the Internet with confidence. How will spam be dealt with? Do we even agree on what unsolicited email is? If it is merely mail that I have not solicited, then probably 75% of the mail I receive even from friends could be said to be unsolicited in the sense that I didn’t explicitly ask for it. Should companies be able to advertise freely using the Internet? Which legislature should apply when spam reaching European internauts originates from Canada and transits through US-based servers? Answers to these questions are not obvious.

However challenging Internet governance issues may be, they must be dealt with in order to ensure the graceful evolution of the Internet. Because the nature of the Internet itself changes constantly, it is dangerous to think that past methods used to solve Internet-related challenges will continue to work. Note that this does not mean they will not work, just that we should be vigilant in choosing the problem-solving methods we will use.

Gouvernance d'Internet / Internet governance, English
Luc Faubert at 2:30 pm on Mardi, mars 13, 2007 —

Livre : Bien commun recherché, Françoise David

De manière générale, j’aime mieux parler des livres que j’ai aimés que des autres. Mais il y a parfois de mauvais livres dont je juge important de parler pour calmer ma conscience et ne pas laisser les gens dire impunément n’importe quoi. Il en est ainsi de ce livre de Françoise David.

Ce qui me frappe d’abord, à la lecture du livre, est l’enfantine rengaine qui sous-tend tout son discours à l’effet que la richesse, celle des entreprises comme celle des individus, est suspecte, illégitime et contre nature. Seule la richesse des gouvernements semble acceptable, et il en faudra beaucoup pour payer pour tout ce que Madame David veut. Or la logique de Madame David néglige de considérer que la richesse des gouvernenements vient de celle des individus et des entreprises, comme elle néglige de considérer qu’avant de dépenser de l’argent sur toutes sortes de programmes, aussi bien intentionnés qu’ils soient, il faut le gagner. C’est cette naïveté dans ce genre de discours que je trouve désolante, et la raison pour laquelle nous serons toujours mieux sans des gens comme ceux-là au pouvoir. Le peu de popularité que connaît son parti, Québec solidaire, prouve d’ailleurs l’intelligence des Québécois et démontre que ce genre de discours ne dupe pas grand-monde au Québec.

Madame David dit qu’elle veut une société « juste, égalitaire, solidaire » et croit que « l’économie est au service de notre vision du mond ». Inconscience ? Aveuglement ? Je ne sais pas. Mais je sais que quiconque croit que l’économie est au service de notre vision du monde accepte un dangereux raccourci et fait preuve d’une périlleuse incompréhension de la réalité. Les gouvernements ne font pas ce qu’ils veulent en matière économique. Parlez-en à Lucien Bouchard qui à l’époque avait dû se rendre d’urgence à New York plaider la cause du Québec pour éviter une baisse de sa cote de crédit. L’état moderne a certainement une marge de manoeuvre dans les décisions économiques qu’il prend, mais il doit aussi tenir compte du paysage économique dans lequel il évolue quand il prend des décisions. Bien sûr que le gouvernement québécois pourrait substantiellement augmenter ses taxes (le seul moyen de payer pour les rêves de Madame David), mais les entreprises et les citoyens risquent de voter avec leurs pieds, et quand ils le font, ce ne sont pas les plus pauvres qui quittent.

Les rêves irresponsables de Madame David risquent ainsi d’appauvrir les Québécois, et en cela ils sont dangereux. Elle dit vouloir insuffler au monde politique québécois une vision à long terme du Québec; peut-être, mais que vaut une vision à long terme quand elle mène à l’appauvrissement économique ?

Mais il n’y a pas que sur l’économie que Madame David se conte des histoires. Une des valeurs fondamentales qu’elle promeut est « l’égalité des droits et des chances ». Qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Que les habitants des régions rurales et des régions urbaines doivent avoir à leur disposition le même nombre de cafés Second Cup, d’écoles, de restaurants, de centres d’aide, que les salaires des cadres soient limités pour ne pas trop dépasser ceux du personnel de soutien, qu’il faut empêcher les riches d’acheter des diamants et les obliger à donner leur argent aux plus démunis ? C’est de la fabulation dangereuse, dictatoriale. On a vu où ces idées ont mené le communisme et je ne vois pas trop de nations prêtes à se convertir à ce système politique. Les humains ne sont pas égaux en tous points. La Charte des droits des Nations Unies nous confère certes tous des droits communs, mais on ne peut pas inférer de là que nous sommes tous égaux et que nous avons les mêmes chances. Je préfère un monde qui permet à Bill Gates, à travers sa fondation, de dépenser plus pour combattre certaines maladies que tous les gouvernements de la planète réunis.

J’en ai aussi contre la manière dont Madame David utilise le mot « solidarité ». Le Robert contient plusieurs définitions du mot :

solidaire adj.

• 1462, repris 1611; du lat. jurid. in solidum (vx) « pour le tout »

1¨ Dr. Commun à plusieurs personnes, de manière que chacun réponde de tout. Obligation ou engagement solidaire. Responsabilité solidaire.
Par ext. (Personnes) Lié par un acte solidaire. Débiteurs solidaires.

2¨ Cour. Se dit de personnes qui répondent en commun l’une pour l’autre d’une même chose (Þ responsable); qui se sentent liées par une responsabilité et des intérêts communs. Être, rester solidaire de qqn, avec qqn. Se sentir solidaire de qqn. « En toute coopération, on est en quelque sorte dépendant de ses collaborateurs et solidaires avec eux » (Sainte-Beuve). « solidaire de tous et rejeté par chacun, […] je suis comme tout le monde » (Sartre).

3¨ Se dit de choses qui dépendent l’une de l’autre, vont, fonctionnent ensemble dans une action, un processus. Problèmes solidaires. « les manifestations de la vie mentale sont solidaires de l’état de l’encéphale » (Carrel).

4¨ (1861) Concret Se dit de pièces liées dans un même mouvement par contact direct, par engrenage ou par intermédiaire (entraînement, transmission). Bielle solidaire d’un vilebrequin. Pignons solidaires.

CONTR. Indépendant.

Dans toutes les définitions je retrouve le concept de réciprocité. La solidarité est partagée par tous les acteurs. Or celle de Madame David semble aller seulement d’une certaine saveur de gens vers les autres. Les riches doivent payer plus mais ceux qui travaillent au noir ne sont pas tenus de payer des impôts. Les entreprises publiques devraient être obligées d’accepter la syndicalisation de leur main-d’oeuvre mais elles doivent fournir plus d’argent au gouvernement pour payer pour les programmes de Madame David. Les employeurs devraient proposer des emplois « convenables » aux participants dans les programmes de réinsertion sociale mais rien sur ce que les participants pourraient faire aussi.

Il y a certes de belles choses dans le livre de Madame David, l’importance par exemple qu’elle accorde à l’action communautaire, mais tout cela est engoncé dans un ensemble indigeste dont l’infaisabilité le discrédite.

Lectures / Readings, Québec, Français
Luc Faubert at 11:49 am on Jeudi, mars 8, 2007 —

Livre : Le gai désespoir, André Comte-Sponville

Lire un livre, c’est un peu comme sortir dehors pour quelque temps, et puis rentrer chez soi. Dans notre maison, l’environnement nous est bien connu et les surprises peu fréquentes. Mais lorsque l’on met les pieds dehors, tout peut arriver. On ne sait jamais ce que l’on y trouvera ni comment ce que nous y trouverons nous transformera. Parfois il neige, parfois il pleut, parfois encore il vente ou il fait soleil. Tout cela nous change. Parfois, des choses vues dans le paysage nous transforment, et d’autres paysages nous laissent indifférents.

Il en est des livres comme d’un passage dehors, dans le paysage. Certains nous ragaillardissent, nous rendent de meilleurs humains. Il en est ainsi, pour moi en tout cas, de ce livre de Comte-Sponville. J’avais connu Comte-Sponville dans La plus belle histoire du bonheur, un livre que mon ami Marc Chabot m’avait recommandé, où Comte-Sponville est une de trois personnes à exprimer sa vision du bonheur. Les propos de Comte-Sponville sur le bonheur m’avait impressioné et cela m’avait donné le goût de lire autre chose de lui.

Le gai désespoir est un petit livre, une plaquette que l’on lit rapidement, mais qui frappe. Les Québécois disent que ça « fesse dans le dash ». Les propos de Comte-Sponville sont retranscrits de l’émission Noms de dieux d’Edmond Blattchen diffusée en 1993 sur la Radio télévision belge.

Le propos du livre est l’athéisme de Comte-Sponville, un athéisme qui a selon moi la grande qualité d’être très humain. Compte-Sponville, comme Spinoza, définit son athéisme comme « fidèle à l’esprit du Christ ».

J’aime l’implacable lucidité avec laquelle Comte-Sponville considère la vie sans Dieu :

Qu’est-ce que c’est qu’être athée ? C’est aimer la vérité en pensant que la vérité ne nous aime pas, et que n’avons pas à attendre qu’elle nous aime pour l’aimer ! On peut aussi renoncer à aimer la vérité, mais alors on n’est plus un intellectuel digne de ce nom; on n’est qu’un sophiste. On n’est même plus un homme digne de ce nom; on n’est qu’une brute ou un menteur.
p. 68

Et plus loin, sur le pari de la non-existence de Dieu :

C’est un pari, mais où l’on pense que l’on va perdre. C’est la formule de Sartre : « L’histoire de toute vie est l’histoire d’un échec. » Croire en Dieu, c’est croire que tout ira mieux, demain ou après-demain ; que, au fond, nous vivons dans le meilleur des mondes possibles et, surtout, qu’après la mort l’essentiel nous sera acquis.

Être athée, c’est le contraire. C’est penser que tout n’ira pas mieux demain, que rien ne nous est jamais acquis ni promis, enfin que toutes nos espérances ne débouchent au bout du compte que sur le néant. Ce n’est pas le plus facile ; mais, encore une fois, l’espérance, le confort ou la facilité ne sont pas des arguments. C’est ce que Clément Rosset appelle « la logique du pire » : prenons les choses au pire, mais aussi au plus probable, puisque, de ce Dieu prétendu, on ne connaît rien, de cette vie après la mort, on ne connaît rien ; ce que nous constatons, c’est la vie telle qu’elle est, et la mort telle qu’elle advient.

Et, face à ce pire, essayons de vivre le meilleur dont nous sommes capables. Essayons d’atteindre le bonheur le plus grand possible, essayons d’aimer autant que nous le pouvons, essayons d’agir autant que nous le pouvons !
p. 77

En somme :

On ne peut pas aimer ce qui est, tant qu’on interpose entre le réel et soi l’écran de nos rêves, l’écran de nos espérances. […] il s’agit d’espérer un peu moins, et d’aimer un peu plus.
p. 56

Il faut lire Le gai désespoir.

Lectures / Readings, Français
Luc Faubert at 10:49 am on Vendredi, mars 2, 2007 —