5 481 639 671 oubliés
Un article rédigé pour la revue Accès libre
La diversité des projets participatifs présentés au récent forum d’ISOC Québec intitulé « L’internet participatif : conjuguer le futur au pluriel » a permis d’illustrer la nature tautologique de ce que nous appelons l’Internet participatif. La nature même de l’Internet est participative. L’interopérabilité que sous-tendent les normes techniques qui définissent l’Internet et les applications qu’on y a développées ont permis d’élaborer le plus formidable outil de collaboration et de participation que l’humanité ait connu.
Les archives des listes de distribution, la blogosphère et Wikipedia représentent quelques-unes des traces les plus parlantes du phénomène participatif auquel l’Internet a donné naissance. La magnificence de la chose va de soi, certes, mais l’élan qui pousse plusieurs à considérer — avec raison — l’Internet comme la plus importante réalisation technique de l’homme, les amène souvent — prématurément — à le considérer comme la source de changements sociétaux qui bouleversent l’humanité. Or pour le moment, seuls 16 % des humains peuvent être bouleversés, car 84 % de ces derniers n’ont pas accès à Internet.
Bien que la nature participative de l’Internet ne fasse pas de doute, en augmentant le niveau de technicité des outils participatifs que nous utilisons, nous avons aussi involontairement restreint leur utilisation à une petite proportion des humains; ceux qui savent lire et écrire et qui ont accès à l’Internet. Dans ce contexte, que vaut un outil réservé à 16 % de l’humanité ? Plutôt que de dénigrer l’importance de l’Internet qui est tout de même disponible à 68 % de la population nord-américaine, il s’agit, donné que nous ayons à cœur de permettre à la totalité de la population humaine d’utiliser l’Internet, de trouver les moyens pour que les 5 481 639 671 humains qui n’y ont pas encore accès puissent s’y brancher, et comment permettre aux analphabètes de participer avec les autres. Il reste du pain sur la planche.