Livre : Dernier royaume, Pascal Quignard
Dernier Royaume est le titre de l’oeuvre magistrale entreprise par Pascal Quignard en 2002. Quignard a dit, au sujet de cette oeuvre, qu’il mourra en l’écrivant. Cinq tomes sont parus à ce jour : Les ombres errantes, Sur le jadis, Abîmes, Les Paradisiaques et Sordidissimes.
Dernier Royaume est un texte inclassable; je ne le classerai donc pas. Chaque tome est composé de chapitres qui font tantôt quelques lignes, tantôt quelques pages. C’est un texte dense dans lequel on entre, ou bien sans plus avoir le goût de le finir, ou bien avec un empressement d’en ressortir tout de suite. Moi, j’y suis bien. On doit déposer le livre souvent, penser à ce que l’on vient de lire et le laisser nous habiter tranquillement. Le texte de Quignard est frappant car il ne parle pas le language de tous les jours. Il parle le language du temps, qui est le sujet principal de l’oeuvre. Le temps et le language habitent tous les chapitres.
Les poissons sont de l’eau à l’état solide.
Les oiseaux sont du vent à l’état solide.
Les livres sont du silence à l’état solide.
Sur le jadis, p.40
Une réflexion fondamentale autour de laquelle Quignard fait beaucoup de chemin et qu’il examine dans tous les sens : « Seul le passé dure ». Quignard illustre combien le passé est vivant et se transforme en habitant les vivants.
Dernier Royaume est rempli de la culture ahurrissante de Quignard. Il repêche des histoires, des mots qui viennent des Grecs, des latins, des cultures orientales. L’oeuvre est une exploration incessante de tous les concepts qui permettent à Quignard de parler du temps et du language. Ici et là, de petites séquences contemporaines : une rencontre avec une femme, la description de l’odeur d’un linge encore humide qui vient d’être repassé, des expériences que Quignard a tenu à consigner dans ce grand voyage.